Dans un effort désespéré de maintenir ce blog en condition de vie artificielle, je me suis dit qu'il fallait peut-être que je revois un peu mes ambitions  d'articles à la baisse. En ce moment, mes deux axes principaux, c'est un article que j'ai commencé à taper il y a environ un an et demi et qui est l'article le plus difficile à écrire que je n'ai jamais fait (et dont le sujet n'est absolument plus du tout à jour), et un autre, qui serait du vlog où je cracherais à la gueule d'un film de plus de 3 heures 30 pendant 10 minutes. Film que je n'ai pas vu, et vlog que je ne ferais probablement pas, déjà parce que j'aime pas les vlogs, ensuite parce que j'ai pas de caméra numérique, et enfin parce que je n'aime pas les vlogs (et un film de 3 heures 30, c'est quand même super chiant si y a pas de batailles du gouffre d'Helm dedans).

En prenant un peu de recul sur ces deux idées, je me suis rendu compte qu'il y avait, somme toutes, pas mal de sujets pas trop trop dégueulasse sur lesquels je pouvais peut-être me pencher. En terme de cinéma par exemple, je me sens un peu obligé de parler de Super.
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Super, c'est un film maudit : dès que les gens posent les yeux sur l'affiche, ils se disent "lol Kick-ass". Et pour cause, lol Kickass. Super a un pitch ultra-similaire (encore que le concept de gars qui se costument alors qu'ils n'ont pas de pouvoir, c'est pas si récent que ça non plus), et est sorti à peu près pile un an après, soit juste quelques mois après qu'on se remette à parler de Kick-ass suite à la sortie en dvd. D'un point de vue purement commercial, ça n'était sûrement pas l'idée du siècle.

Avant de commencer cet article, je pense qu'il est absolument obligatoire et nécessaire que je donne mon avis sur Kick-Ass. Ignorer complètement le film en parlant de Super est faisable, mais ça n'en demeure pas un moins un grave manquement au Zeitgeist. Et comme j'adore le Zeitgeist, je vais pas faire quelque chose d'aussi horrible.
Kick-ass était, à mon goût, un très bon film. Très très bon, même, et ce sur pas mal de points. Déjà, il y a Mark Strong dedans. J'imagine qu'il est aux Anglais ce que Marion Cotillard est aux Français : les gens qui partagent sa nationalité en ont un peu ras-le-bol de voir sa gueule partout, mais le reste du monde couine de plaisir à sa vision. Ensuite, c'était tout simplement un très bon film d'action, et ça se sentait au gros budget, à la mise en scène qui en foutait plein la gueule et aux combats qui avaient quand même la classe, ne serait-ce que parce qu'il y a Mark Strong qui tabasse une gamine dedans. Et puis, pour entrer directement dans la polémique, Kick-ass réussissait un exploit rare, mais en l'occurrence pas nécessairement très difficile : être une adaptation supérieure à l'oeuvre originale.
Oh, je vous sens venir, mais sérieusement, si vous avez lu Kick-ass après avoir vu le film (et je vois pas vraiment comment vous pourriez l'avoir lu avant), et que vous vous êtes dit "Ouah, putain, c'est genre, tellement trop mieux que le film", alors je vous conseille très vite d'aller regarder beaucoup de films et/ou de lire beaucoup plus de comics, parce que, ben déjà parce que vous avez des goûts de chiotte, et aussi parce que le Kick-Ass en comics, c'était du Millar en petite forme, qui se faisait un petit plaisir à mettre du sang partout et des gros mots qui giclent dans tous les sens, mais qui était bien loin de ses autres travaux, bien meilleurs (herp derp "Ultimate Fantastic Four" hur dur oui, merci). Et le sang gicle de façon bien supérieure dans le film que dans la BD.
À plus forte raison, si vous vous êtes dits "puis surtout, la fin du comics [sic] est quand même en mode [sic, et je veux votre mort] bien meilleure que le film", je vous souhaite bon courage, la puberté sera bientôt terminée, et le brevet n'est pas si difficile si vous révisez un peu l'histoire.

Mais revenons-en à nos moutons. Moi, un film qu'on compare systématiquement à Kick-ass, ça m'inspire plutôt confiance. Je veux dire, si c'est un film similaire à un autre film plutôt cool, ben il devrait être cool aussi, non ?

En plus de ça, le trailer est rigolol, et il y a Rainn "Dwight Schrute" Wilson dedans. Non vraiment, si c'est comme Kick-Ass, bah moi, je suis preneur.
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Super n'a rien à voir avec Kick-Ass.

En toute honnêté, c'est comme dire que Watchmen et Lobo the Duck sont comparables parce que ce sont des comics avec des personnages masqués dedans. Ou que Autant en emporte le vent est similaire à Conan le Barbare parce que ce sont deux films qui ne se passent pas au XXème siècle et qu'il y a les personnages principaux dedans ont des cheveux longs. Je crois, j'ai pas vu Autant en emporte le vent depuis un bout de temps.

Mais voilà. Par rapport à Kick-Ass, Super est un film bien plus brinquebalant, bien moins abouti, et qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut être. Et c'est pour ça que les critiques de cinéma ne peuvent pas vraiment en dire du bien.
Mais fuck that, n'est-ce pas ? Comme vous le savez, j'incarne la nouvelle vague de gothiques et d'hipsters, ceux pour qui le mode de vie ne se base pas sur le rejet de ce qu'aime le reste de la société, mais sur l'adoration pour ce qu'elle n'aime pas.

Donc, mieux que Kick-Ass ? J'ai jamais dit ça, et si tu relis quelques lignes plus haut, espèce de mongoloïde, je te rappelle que les deux ne sont pas comparables. Non, Super est un film bien plus bordélique que Kick-Ass, mais ça n'est pas un mal, et je vais t'expliquer lentement pourquoi en commençant par un rapide résumé du scénar'.
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Ordonc, on y découvre le protagoniste, Frank d'Arbo (Rainn Wilson), un véritable looser pur jus, qui a eu son seul moment de gloire dans sa vie en épousant Sarah Helgeland (Liv Tyler, et non malheureusement, le nom de son personnage n'est pas "Hegel-land"), une ancienne accroc à la drogue. Hélas, ces petits instants de bonheur s'achèvent quand débarque "Jacques" (malheureusement pas un Français dans le texte, joué par Kevin Jambon), qui en gros bourre Sarah de drogue et la "vole" à Frank. Alors que ce dernier entre dans une phase dépressive, il est littéralement touché par la grâce divine, et décide de devenir un super justicier qui fera régner la loi, répondant au nom de Crimson Bolt. Très vite rejoint par une fan sociopathe de comics, Libby (Ellen Page, et je vous rappelle que son nom se prononce, quand vous le dîtes sur Internet, "Ellen Page is so hot lol") cette dernière s'impose à lui comme une sidekick, et ils mettent au point un plan pour récupérer la femme de Frank.

Jusque là, tout va bien, n'est-ce pas ? Et ça rejoint un peu ce qui se passe dans le trailer : le drame de la femme emportée, et le personnage principal un peu ballot qui fait régner la loi à grand coup de violence gratuite. Et Ellen Page is hot lol qui se promène en tenue moulante et prend des poses aguicheuses.
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Mais le film n'a en fait, pas grand-chose à voir avec ce trailer légèrement vaudevillesque. Il faut d'abord commencer par se rendre compte d'un point très précis qui ne transparaît pas forcément à la lecture du résumé ou au visionnage de la bande-annonce, mais c'est un film affreusement violent.
Là où Kick-Ass faisait péter le budget à grands coups de mitrailleuses et autres (très bonnes) chorégraphies de combat, Super a une vision de la violence qui est à la fois largement plus sobre, mais aussi nettement plus "visuel" que son frère ennemi. Sobre, parce qu'à l'exception du final explosif, il n'y a pas vraiment de "combat" à proprement parler pendant la grande majorité du film. Le Crimson Bolt charge un gars, le fout au sol et le tabasse. Le gars ne se relève pas en commençant à faire du Wushu. Il réagit comme un gars qu'on charge, qu'on fout au sol, et qu'on roue de coup de poing : il se débat dans tous les sens, puis finit très par arrêter de bouger en crachant beaucoup de sang. Lorsque le Crimson Bolt arrive derrière un gars et lui fout un gros coup de clé anglaise dans le crâne, il se passe encore moins de choses. Et c'est là que la violence devient plus visuelle : il n'y a pas d'éclaboussures de sang en offscreen qui tombent sur les personnages. Non, si il y a un bout de crâne qui part et que le type s'écroule au sol en pissant le sang, on le montre. C'est pas très subtil, mais c'est pile-poil assez bien réalisé pour qu'on y croie juste ce qu'il faut, et qu'on se sente quand même un peu mal à l'aise. Je pense que ça n'est pas par hasard qu'on voit un rapide extrait d'un film de la Troma qui passe à la télé pendant un court moment (une compagnie avec laquelle le réalisateur, Peter Gunn, a d'ailleurs un certain passif ; ce qui rend d'autant plus étonnant qu'il soit aussi le responsable des films scoobydoo ; cela-dit, allez regarder qui a réalise les "Spy Kids", et faîtes vous pipi dessus) , car on en arrive un peu au même niveau de "violence porn", avec quand même cette fois-ci légèrement plus de budget et largement moins de mousse.

Et c'est là où le film commence à être intéressant. La plus grande partie des critiques qui lui sont adressées peuvent se résumer en un mot : "schizophrénie". Évidemment, les résumés en un mot sont rarement très explicatifs (à part quand il s'agit de mots comme "lol" ou "porn"), donc je vais développer un peu. Super est un film qui donne l'impression de ne pas savoir sur quel pied danser. On alterne très vite entre des moments où on se sent très mal à l'aise (notamment pour tout ce qui est violence gratuite clairement montrée) à des moments où, et bien, on rigole. Qu'on le veuille ou non, les déboires du Crimson Bolt sont quand même super drôles. Rainn Wilson joue son rôle de façon bluffante, et même son conditionnement à avoir du jouer Dwight pendant 7 ans dans The Office ne l'encombre pas trop (d'autant qu'il joue très bien Dwight aussi, mais ça vous ne le savez pas parce que vous êtes des philistins qui vous considérez trop bien pour regarder The Office, qui est pourtant la meilleure sitcom du monde). Mais c'est difficile d'avoir une affection sincère pour ce quadra pas très débrouillard après qu'il ait presque tabassé à mort un gars juste parce que celui-ci grille tout le monde dans une file d'attente.
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Pour moi, ce "problème" que pose le film qui ne sait pas trop où il va en fait vraiment sa force. Dans Kick-Ass, les intentions des personnages sont plutôt claires. Tellement d'ailleurs, que de "déconstruction" du film de super-héros ("déconstruction" est le mot préféré des fans de cinéma un peu prétentieux, une couche sociale de lecteurs à laquelle je porte trop peu d'attention) il en devenait plus ou moins tout simplement UN film de super-héros avec des personnages relativement uni-dimensionnel. Dans Super, Frank a aussi un objectif simple, mais qu'il n'a aucune idée de comment atteindre. On attend son épiphanie, le moment où il comprendra que réagir à la "violence" que constitue un crime (de couper dans une file d'attente à faire du deal de drogue à large échelle) en répondant avec encore plus de violence, c'est tout simplement pas une façon saine de régler le problème, et même pas du tout une façon efficace de le régler.
Mais ce moment ne vient pas. Et pire encore, le film nous l'a fait à l'envers : en quoi cette façon est-elle véritablement mauvaise ? Lorsqu'on vit dans une époque où la seule réaction que suscite un crime est de l'apathie, est-ce qu'un cinglé qui tabasse des criminels avec une clé anglaise est vraiment si condamnable ? La violence engendre la violence, mais au final, on ne fera jamais plus que le minimum pour régler celle qui se déroule sous sa fenêtre, alors jusqu'à quel point peut-on critiquer un type qui décide de prendre les choses en mains à sa manière ?

C'est aussi ce qui donne probablement un air chaotique au film, mais qui est plaisant. Même si c'est le "héros" du film, la solution du "Crimson Bolt" n'est pas montrée comme étant la bonne. Son idée de faire régner la paix lui est inspirée dans une scène absolument absurde qui ne peut que surprendre (là encore, on sent le côté Troma), et à aucun moment elle ne passe comme une idée qu'une personne saine d'esprit pourrait avoir. Le film est juste un témoignage de ce qui arrive quand ce genre de réactions se déclenchent, mais il ne prend pas vraiment la peine d'expliquer pourquoi c'est mal vu que c'est tellement évident, et laisse juste quelques indices qui prouvent qu'elle n'est pas 100% condamnable, et que le chemin des bonnes intentions est pavée de types au crâne fracassé laissés sur le sol. En somme, les gens reprocheront au film de ne pas s'engager. Mais dans le sens où les films "engagés" sont toujours horriblement clichés, ça n'est pas un mal, et je préfère à ça d'avoir un film qui fout beaucoup de nuance de gris dans ses personnages.

Enfin, dans "ses" personnages . . . Si il me faut aborder les points négatifs du film, c'est qu'absolument tout repose sur les épaules de Rainn Wilson, et que le reste du cast fait vraiment pâle figure à côté. Notamment Ellen Page is so hot lol, qui surjoue à mort son rôle de groupie sociopathe au point d'en devenir carrément irritant malgré tout le moulant qu'elle porte, et qui n'a finalement que cette étrange scène de viol vers la fin du film qui la fait contribuer à l'ambiance glauquisante. "Jacques" est somme toutes un méchant relativement transparent, presque plus un concept qu'un vrai personnage en dépit de ses quelques minutes de caractérisation au début du film, dont là encore, la principale scène se situe à la fin et joue sur son interaction avec Frank. Idem pour la femme de celui-ci.
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Que penser donc de Super ? Que c'est un film qui a été injustement boudé. Et pourtant, même si je dois dire que c'est un des films les plus marquants que j'ai vu récemment, je comprends largement les critiques. C'est ce genre de film où un reviewer peut passer tout l'article à en dire du bien pour finalement lui donner un 4/10. Et qu'un type qui a adoré et qui a mis une bonne note va probablement passer un temps fou sur les mauvais points (Ellen Paige is so hot lol) en ne survolant que les aspect qui lui a plu.
Mais je le recommande. Déjà parce que j'ai eu la chance de naître et de grandir pour devenir quelqu'un de bon goût, ce qui n'est pas donné à tout le monde, et que donc vous pouvez me faire confiance. J'ai une grande affection pour la conclusion de l'histoire notamment, qui est en parfaite demi-teinte, sans tomber dans le parfait happy ending (Kick-Ass le film) ou dans le Bad End ultra-subversif que tu trouve trop cool quand tu n'as pas de poils (Kick-Ass le comics), et qui aurait réussi à m'arracher quelques larmes si je n'avais pas été un homme tellement débordant de virilité. Ensuite, parce qu'il n'y a pas vraiment d'autres moyens de se faire un avis de toute façon, et que ça sera une superbe occasion pour vous de lâcher vos comms et de me dire que quand même, le passage avec les Inhumains dans Ultimate Fantastic Four est vachement bien. Et finalement, parce qu'un film qui réussit à apporter une réflexion un peu inédite, le tout en durant moins de 2 heures et sans sacrifier sa dynamique narrative, c'est quand même quelque chose de super cool.
Teaser d'un article prochain : J'aimerais en dire autant de ce putain d'oncle Boonmee.
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