14 octobre 2009
The Impaler : Yes, wiccan.
Il y a encore peu de temps, je présentais les déboires d'un homme politique japonais complètement inexpérimenté, catapulté par son parti en plein dans les élections pour un poste à la mairie d'une ville.
C'était étonnant, touchant, intelligent, à la fois drôle et triste, une sorte de conte moderne, où la morale ne s'imposait pas d'elle-même. En vérité, après avoir vu quelque chose de pareil, je m'imagineais mal retomber sur quelque chose de similaire tant le parcours de cet homme était singulier.
Et pourtant. Nous voici juste quelque mois plus tard, et je tombe sur The Impaler. Documentaire, qui, comme son nom l'indique, suit le temps d'une heure et quelques le quotidien d'un type qui se présente comme candidat pour un poste de gouverneur du Minnesota, avec comme but derrière de devenir président des Etats-Unis.
Jonathon Sharkey est un personnage singulier, ce n'est pas rien de le dire. Diplomé de sciences politiques, ancien catcheur, il se démarque surtout des restes des candidats par le fait qu'il soit un "sanguinarian vampyre", soit un vampire qui se nourrit de sang. Apparemment, il existe d'autres types de régime possible pour les vampires, comme ceux qui se nourissent d'émotion. Il ne développe pas vraiment ce point au cours du documentaire, il faut donc en conclure qu'il s'agit peut-être d'un point un peu taboo, comme le porc pour les musulmans, la vache pour les hindous ou les vitamines pour les végétaliens.

Il est aussi un paquet d'autres trucs assez obscurs.
Ce qui est sûr, c'est qu'en revanche, c'est un homme politique impliqué. Il est tellement impossible de le placer sur un spectre idéologique que le seul moyen serait de prendre un graphique, de le bruler, de l'envoyer dans un trou noir et d'attendre que quelqu'un dans le passé le remplisse pour nous (ce serait probablement Néron qui dirait "il est quand même vachement à droite"). Probablement incapable de se retrouver dans les partis existants, Jonathan Sharkey a du se résigner à faire son propre parti, le VWP, soit Vampires, Witches and Pagans Party (qui existe aussi en France apparemment, ça s'appelle le NPA).
Sa politique ? Et bien, le point principal de son programme consiste à "empaler les terroristes". Nul doute qu'on tient là quelqu'un qui méritait VRAIMENT un prix nobel de la paix. Mais ça ne s'arrète pas là, puisqu'il veut aussi "empaler George Bush", qu'il traite carrément de "communiste" à un moment. Si il considère Bush comme un communiste, je me demande quel mot il doit utiliser pour qualifier Barack Obama. Probablement "Trotsky".
Une bonne partie de sa politique consiste donc à empaler des gens. Ca peut paraitre simpliste dit comme ça, mais le reste du programme est tellement chaotique qu'il faut se raccrocher à ce qu'on peut comprendre. Il veut par exemple retirer les troupes américaines d'Irak. Ok, pourquoi pas, même si ça peut sembler étrange, qu'un candidat soit de gauche ou de droite. Ca le semble moins (ou encore plus) quand il explique qu'il veut les retirer parce qu'il compte raser entièrement le Moyen-Orient. Oui, Jonathan ne porte pas les musulmans dans son coeur. Probablement parce qu'il descend de Dracula.
On a du mal à imaginer qu'on a affaire à un tel psychopate quand on regarde le début du documentaire. Jonathon vit dans une maison somme toute normale, avec des enfants blonds et souriants, et une femme, qui bien que se définissant elle-même comme "Pagan", est en vérité une ancienne chauffeuse de bus scolaire. Jonathan lui-même, bien qu'habillé de façon un peu excentrique et possédant une dentition assez singulière, ne récolterait surement pas plus qu'une poignée de regards étonnés si il devait se promener dans la rue à Paris. J'ai déjà vu un trisomique chier en pleine rue ou un gars regarder dans chaque poubelle verte en disant "On m'a dit qu'en France les gens jetaient des billets de 500€, pourquoi j'en vois pas ?". Alors, un type avec une cape ? Bah.
Puis ça devient un peu bizarre quand il explique qu'il a couché avec sa demi-soeur puis qu'il l'a épousé lors d'un rite païen. Ou quand il passe sur diverses chaînes de télévision, d'une sorte de télé amateur ("The Vampyre Lounge") à carrément la NBC, où il offre sa vision assez bringuebalante du mélange tel qu'il le conçoit entre la politique et le satanisme. Puis vient le moment où il démontre sa véritable "nature vampirique" en se mordant le bras jusqu'à en saigner puis en laissant sa femme boire son sang, avant de présenter ses scarifications avec fierté à la caméra. Etrangement, j'ai beau être assez habitué au "gore", aux "images chocs" et autres types qui élargissent leur anus, il y avait quelque chose d'affreusement malsain qui me mettait bien plus mal à l'aise que tout le simili-snuff que j'avais pu voir sur l'Internet. Comme si la situation, déjà bien bizarre à la base, semblait encore plus déplacée qu'elle ne l'était déjà.
Quand vous vous faîtes ridiculiser en live par un type avec un noeud-papillon, il est temps de reconsidérer ce qui a pu mal tourner dans votre vie.
Un peu comme avec Kazuhiko dans "Election ! The Kawasaki Candidate", on est un peu partagé entre un bref dégout pour la personnalité du sujet du documentaire et, quand même, une vague empathie quant au calvaire qu'il traverse, quand bien même il s'y est mis lui-même.
Il faut cependant l'admettre : le réalisateur est très fort. Contrairement à son point de comparaison japonais, l'équipe du tournage n'est pas complètement invisible pendant le documentaire : elle pose des questions, apparait parfois dans le champ, et aide même le candidat à scier ses planches (pour en faire des pieux. véridique.). La présence est discrète (ce n'est pas du Michael Moore) mais importante malgré tout quand on arrive à la deuxième partie du documentaire, plus centralisée sur l'entourage et en particulier la famille de Jonathon.
Et ça change tout. Je ne vais pas entrer dans les détails pour ne pas *trop* spoiler à ceux qui regarderont, mais si Jonathon apparaissait comme un type pathétique mais presque attachant durant la première partie (impression renforcée par la fin de celle-ci), le dialogue avec sa famille révèle sa nature, entre autre, d'attention whore. A l'inverse de la plupart des AWs cela-dit, la folie de Jonathon n'est pas feinte. Son désir immodéré d'attention n'est qu'une facette d'une personnalité désastreuse : folie des grandeurs, déni de réalité . . . Sorti de sa vision, le monde de l'Empaleur fait peine à voir : il ignore complètement les enfants qu'il a eu avec son ex-femme (et qu'il battait du vivant de leur couple), a été déclaré 4 fois comme mort, a sorti des pans entiers de son histoire de nul part. . .
Quand Jonathon revient devant la caméra après, on se rend que le peu de crédibilité que le vampire avait en tant qu'être humain ne prend plus. On se trouve face à une carcasse portée par des illusions, par une personne qui ne vivra jamais rien de réel. L'ancien catcheur s'avère finalement être parti dans un match contre un adversaire invisible qui durera toute sa vie, et son seul but semble de vouloir capter l'attention du public le plus longtemps possible. Et tout ceci à son propre insu, évidemment.
Ca va sonner comme un cliché, mais après avoir vu quelque chose de "réel" qui soit aussi pathétique, je doute qu'une fiction parvienne à me faire ressentir un malaise semblable à celui-là. Aujourd'hui encore, Jonathon Sharkey vit quelque part sur cette planète (probablement dans une prison, d'après sa page wikipedia) et mène une vie peut-être confortable, mais désespérante. La seule chose qu'on puisse en faire, c'est en rire, et se réjouir que ça ne peut pas nous arriver à nous. Le cas de l'Empaleur est tellement pathologique (il faut voir son site, sérieusement) que la critique qui ressort du film ne porte pas sur lui, mais sur les gens qui ont accepté en premier lieu de lui donner son attention. Citation dans le "Times", photoshooting pour des magazines . . . et le type est carrément mentionné durant le Saturday Night Live. Le gars devient une "flavor of the week" pour les magazines, puis retombe dans l'oubli. Quand ça arrive à des pop-stars, ce n'est pas grave, mais quand il s'agit d'un type qui a des enfants qu'il a déjà menacé avec un couteau, on peut se demander si il est sain de le satisfaire puis de le resevrer.
L'un dans l'autre, c'est un visionnage particulièrement intéressant, d'une heure et quart qui vaut amplement le détour. Comme avec "Election !", pas besoin d'être un fin connaisseur de politique pour regarder. Savoir apprécier la misère humaine suffit.
"-What would you like to do for a living, when you get older ?
- Skating . . .
- Skate ? What would be your second option ?
- Being a pastor.
- Be a pastor ? Really ?
- Yeah . . .
- . . . How do you think this'd make your father feel ?
- Like an idiot."
Commentaires
Il faudrait organiser des soirées de projections de documentaires politiques.
T'as trouvé ça ou, en fait ?
4chan. Faut avoir de la chance après.
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