Un nouvel article au bout d'une semaine ? Qui porte sur un truc récent ? Sur Geektature ? Cela semble plus probable que que ce que vous croyiez.

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Ce nez ne vous est peut-être pas inconnu. En effet, la patte du dessinateur de Kaiji (Nobuyuki Fukumoto, mais vous vous en foutez) est très reconnaissable, puisqu'il s'agit du même gars qui a fait Akagi qui est aux commandes de cette nouvelle aventure. Akagi, pour ceux trop flemmards pour cliquer sur un lien hypertexte, était un anime qui traitait du sujet délicat du mahjong. Poussé au paroxysme, l'anime en question parvenait à surprendre par une approche à la fois très intellectuelle de la pratique, mais aussi très "vivante", créant une tension extrême qui se traduisait par une très bonne réalisation globale, et qui parvenait à impressioner même lorsqu'on ne connaissait rien au mahjong. Enfin je dis ça, mais moi je m'y connais un peu. Mais plein d'otakus qui ne savent pas jouer au mahjong sont d'accord avec moi, et 2,5 tonnes de graisse suante ne peuvent pas avoir tort.

Kaiji reprend en gros le même concept, jusqu'au nom qui est éponyme : le héros, Itou Kaiji, est un vrai loser qui passe son temps à perdre de l'argent et à voler des emblèmes de voiture. Un jour, un sémillant membre de la mafia lui rend visite, pour lui annoncer une nouvelle ravissante : un ancien ami de Kaiji qui l'avait imploré de co-signer une reconnaissance de dette pour un prêt a complètement disparu de la circulation, et le poids de cette dette revient à Kaiji. Et quand je dis poids, je dis quelque chose qui ferait passer les tonnes de graisse suante citée plus haut pour pas grand-chose : la dette est passé à 3 850 000 Yens. D'après le premier convertisseur de monnaie trouvé sur google, ça fait quand même 23 000 euros et des brouettes. Ce qui n'est pas rien.

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Evidemment, l'incapacité de Kaiji à payer cette dette est tellement importante qu'elle échappe à toute tentative de métaphore ou de comparaison rigolote. Néanmoins, ses usuriers lui proposent un échappatoire : au lieu de passer une vingtaine d'années à la payer, il peut décider de participer à une "soirée spéciale" sur un bateau, remplis de types comme lui. Si il fait partie des "gagnants" au terme de la soirée, il sera libéré de sa dette. Le cas échéant, il devra travailler en qualité d'esclave pendant une année entière. Evidemment, on apprend après qu'en général, le métier d'esclave entraine des complications qui font que la plupart des malheureux contraints de travailler pour la boite qui organise ça n'en reviennent pas. Et je n'entend pas "revenir" dans le sens "être étonné".

Bien obligé d'accepter, Kaiji se retrouve sur le bateau, et la soirée leur est expliquée : après avoir loué une somme d'argent de leur choix (qu'ils seront aussi obligés de rembourser à la fin de la partie) on leur donne 3 étoiles, 12 cartes (4 pierres, 4 ciseaux et 4 papiers) et 4 heures pour se débarasser de leurs cartes en les jouant contre d'autres, le but étant de s'être débarassé de toutes ses cartes, et d'avoir au moins 3 étoiles à la fin du temps imparti, les étoiles qu'on a en trop pouvant être revendu archi-cher à la fin de la partie (d'où le prêt d'argent au début).

En bref, c'est du pierre-papier-ciseau, mais qui se joue par carte. Le gagnant prend une étoile au perdant. Et c'est tout. Simple non ?

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Mais l'anime patiente bien 9 épisodes sur ce premier jeu (si on ne compte pas le premier épisode). Et il faut avouer que l'auteur sait être surprenant. C'est l'une des principales forces de Kaiji : Alors qu'Akagi explorait un élément très complexe d'un jeu qui nécessite un certain degré de maitrise que peu d'êtres humains ont, Kaiji, avec un cerveau somme toute plus normal, doit se débrouiller pour trouver des moyens certains de gagner par le biais d'un jeu très simple en apparence.

Car oui, au final, c'est surprenant. L'auteur semble avoir réfléchi à chaque facette qu'un tel jeu pourrait avoir. Bien sur que dans l'absolu, c'est stupide : on joue jusqu'à ce qu'on perde et gagne, et basta. Mais en réalité, imaginez qu'il ne vous reste qu'une carte et que vous ayez 2 étoiles, seriez-vous si pressée d'aller défier le premier venu ?

Le dramatisme est renforcé par toute la mise en scène. Même si elle est parfois assez éhontée, utilisant des allégories assez lourdes (les sables mouvants de la theory of balance !) , ça plonge tout de suite dans l'ambiance. Qui plus est, Kaiji donne moins cette impression d'invulnérabilité qu'avait Akagi. Il est faillible (et faillit à plusieurs fois) et au final il se prend plein de heu, demonis ex artisanat dans la tête (le contraire de deus ex machina), ce qui fait qu'on attend toujours avec impatience de voir si le plan qu'il a préparé pour se rattraper du précédent qui a foiré marche ou pas.

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En bref, Kaiji est vraiment une excellente surprise, et est aussi plus facile à saisir pour le grand public qu'Akagi. Si on passe sur la lenteur, surtout dans les premiers épisodes, c'est parti pour être une valeur sure, qu'on ne verra hélas probablement jamais dans nos verte contrées.