Je vais parler d'un manga. Chose amusante, il s'agit d'un manga UG. Et pourtant, je parie qu'il est inconnu de tout les squatteurs de la Fnac, capable de se taper les 25 GTO à la suite, et qui connaissent par coeur la place de chaque manga dans chaque étalage. Et de même, peu de chances que les otakus les plus acharnés, qui passent leur nuit à chercher des scans de sexy commando gaiden ou de Keishichou 24, quite à aller sur des irc japonaises interdites par le gouvernement, aient déjà entendu parler du manga en question.
Bon j'exagère peut-être un peu, mais Serenity n'est pas un manga comme les autres.
Serenity est un manga américain.

Ouh là, je vous sens devenir sceptique. C'est vrai que "manga américain" ça sonne un peu comme "jeu vidéo français", un truc qu'on arriverait pas à qualifier de professionel tellement la qualité est artisanale. Pourtant, Serenity est bel et bien, enfin, techniquement, un manga américain. Ce n'est pas un travail d'amateur tel que ceux de Fred Gallagher ou d'un autre webcomics. Serenity est le tout premier manga purement américain à être publié. Et quel manga !

Je n'aurais pas osé misé toute l'originalité de Serenity sur le simple fait qu'il s'agisse d'un manga américain. Cet aspect original de la question n'est pas le seule, et oui. Serenity est AUSSI un manga chrétien.

Alors évidemment, c'est à prendre au sens light du terme. Vous n'y verrez pas Jesus combattre des hérétiques ou des paiens à l'aide de nunchakus ou encore Moïse possédant "le coup de poing millénaire qui fait s'écarter l'eau" et, mille fois hélas, Saint-Pierre n'envoie pas une seule fois des rayons-lasers de ses yeux en hurlant "mekara-beam-nyo" .
Non en fait tout le contexte se base sur un univers contemporain. Non pas de Jesus Cyborg ou récussité ou cloné à partir du saint-Suaire. Ca ne sert à rien d'insister.
L'histoire est celle de Serenity, une jeune bad girl ultra clichée. Cheveux bleus en pagaille, vêtements de rebelle, famille mono-parentale constituée d'une mère répressive ainsi que tyrannique, et des problèmes scolaires en encore plus grand nombre que votre serviteur. Et évidemment, elle accorde à Dieu autant de crédibilité que Bill Gates en accorde aux pièces jointes d'e-mail qui disent être des "trucs trop lol" .
Hélas, elle est presque arrivée au point de non-retour, si elle a encore une fois des problèmes sérieux avec son école, elle se fera violemment recallée de son lycée. Cependant, Serenity défend chèrement la notion de liberté humaine que ne défendait pas Rousseau (comment je suis trop cultivé, sa mère) . Qu'importe les autres, d'après Serenity, je suis libre , et je fais ce que je veux, ouais ! Si tout était resté dans cette optique, le manga n'aurait pas fait plus de 30 pages.

Cependant, c'est sans compter le . . . prayer club ! Et oui, le collège/lycée de Serenity compte parmi ses membres des jeunes chrétiens ins, tendance, et évidemment relativement politiquement correct. Ils se butent des les premières pages au mépris de Serenity, et vont décider de l'aider à recevoir un amour qu'elle n'a jamais reçu !

Oh mais quel beau teaser. Alors forcémment, après avoir lu ça, on est un peu dubitatif. Mais ce n'est qu'un échauffement pour lire le manga après.

Serenity ne vise nullement la bizarrerie et c'est ce qui rend le tout encore plus bizarre. Mais qu'est ce que c'est en fait, comme manga ? Un shonen, un Seinen ? Beuh, pas du tout. Un Shojo ? mouais, y a une vague triangle amoureux entre Serenity, Derek, le beau gosse (sigh) du "Prayer Club" et la copine de ce dernier, qui est sa copine mais pas vraiment, oulalala moi j'y comprend rien. Cependant, pour un genre qui repose beaucoup sur les relations entre les personnages, celles de Serenity sont quand même aussi profondes que des demi-trous . . . et qui plus est, le manga ne s'adresse pas du tout à un public de filles en priorité, le tout est clairement mixte (me faites pas croire que le/la dessinateur/trice de shojo espère attirer le chaland de base fan de Naruto, quel que soient ses bonnes intentions) . Donc inclassable, saperlipopette.

Pourtant, on ne peut pas reprocher aux auteurs une approche realativement originale de la chose. Le gros problème reste cependant l'équilibre. Ainsi, Serenity propose une coolness relative quant aux personnages. Le personnage principal est une agnostique à la limite de l'athéisme, pas chrétienne ou religieuse pour deux sous. Le gros problème, c'est que tout se repose sur un personnage en fait mentalement plutôt faible, qui deviendra "forcémment" attirée par le catholicisme, ses bons préceptes etc. Evidemment, la "conversion" est originale, mais à côté de certains passages qui se veulent probablement plus adultes et moins convenus que le reste, reste des gros moments ou discours qui sentent bon le pro-religieux à mort, presque ultra-clichés avec des histoires de "puissance de l'amour" ou encore des moments qui aurait presque "EMOWNED" écrit en énorme sur la gueule tellement ils font penser à des livejournal de dépressifs.

Vla pour le scénario et les impressions qu'il donne, attaquons-nous à la technique maintenant. Chose amusante, Serenity respire très très fort le manga de Gaijin. En montrant des planches récentes de Megatokyo à un néophyte en manga, je pense qu'il a des chances de croire que le manga provient bel et bien des crayons et des stylos d'un asiatique. Pour Serenity, ce n'est pas vraiment le cas, le style fait très "scolaire" , un peu comme si tout était recopié de vieux mangas parus dans les années 1990. Sauf que le/la(?) dessinateur/trice s'appelle Min Kwon. Ca laisse perplexe, néanmoins, le style finit par devenir quasi anti-manga par le manque de finition dans le détail (après tout, Min Kwon s'occupe seul des dessins, et on sait que les manga où il n'y a pas d'assistants aboutissent parfois sur des manques graphiques probants. Hunter X Hunter, anyone ?) . Mais aussi, le tout est en couleur, avec un coloriage un peu "vite-fait" . On est loin de la colo page par page fait par certains auteurs (ou par certains internautes compétents avec photoshop) , et c'est bien normal. Mais l'aspect manga du truc en prend un coup avec ces points. Qui plus est, vu sous certains angles ou certaines distances, les personnages ne font plus du tout manga.

Donc bon, est-ce que j'aime lire Serenity ? Mouais, mais surtout parce que le tout a une aura provienant de l'étrangeté de la chose. Et puis, le scénariste fait vraiment un effort, à sa manière certes, mais il essaie au minimum de placer le contenu de ce que prèche la Bible dans des situations plus ou moins originales. Ca mérite de se saluer.

Mais bon, après beaucoup n'adhèreront pas au style graphique, à la morale prêchée tout au long des tomes, ou au "emo-cheese" contenu dans le manga. Et ils auront raison. Mais vous êtes pas assez décalés. Et pas assez orientaux, surement, aussi.

Quelques images de la bête en question :

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Voilà qui prouve malgré tout une certaine ironie de l'auteur.

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Voilà qui prouve malgré tout un certain degré de naiserie que se doit de contenir un manga du style.

cover

Non ce n'est pas (encore) un doujin de cul. C'est un vrai manga, même que Stan Lee en dit du bien.